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L’agriculture biologique de proximité pour lutter contre la famine et le réchauffement climatique

Agriculture biologique

En considérant la production alimentaire mondiale actuelle, nous pourrions nourrir de 12 à 14 milliards de personnes. Or, approximativement 1 personne sur 7 souffre présentement de famine et une autre est mal nourrie (1 milliard chacun sur 7,3 milliards d'humains).

Ironiquement, 70 % de ces deux milliards de personnes sont eux-mêmes des exploitants de petites fermes ou des travailleurs agricoles. C’est littéralement le monde à l’envers… Pourquoi est-ce le cas!?

Plusieurs éléments entrent en jeu pour expliquer cette triste réalité : influence des marchés financiers sur le coût des aliments, l’utilisation de nourriture pour créer du biocarburant, mais surtout les accords de libre-échange. Effectivement, les taxes et autres frais sur les importations de divers marchandises ont énormément diminué à travers les décennies, si bien que les consommateurs d’un peu partout à travers le globe ont maintenant accès à de la nourriture importée peu dispendieuse. Cela semble une bonne nouvelle non? Malheureusement, pas pour les pays sous-développés… Des multinationales viennent vendre leurs produits à très faible coût et les producteurs locaux ne peuvent se permettre de vendre au même prix. Cela les garde dans une spirale de pauvreté : ils sont obligés de se concentrer sur des produits exclusifs à  l’exportation peu payants et de consommer les aliments de base des gros joueurs.

Voici un exemple concret de l’effet pervers du libre échange:

Dans les années 1970, Haïti était pratiquement autosuffisant dans sa production de riz. Des changements administratifs ont changé les frais de douane pour les importateurs de riz de 50 % à seulement 3%, si bien qu’en 2009, seulement 25 % de la consommation de riz au pays provenait de sources locales!

Production riz haiti
Traduction libre d'une image provenant de : Make agriculture truly sustainable now for food security in a changing climate, Nation Unies, 2013.

En plus d’être extrêmement inéquitable, le système actuel contribue de façon outrageuse au réchauffement de la planète. Effectivement, la déforestation de milieux naturels pour les transformer en pâturage ou en culture représente 17 % des émissions de GES anthropiques (émises par l’activité humaine) tandis que les rizières et l’élevage de ruminants représentent un autre 14,3 %. De même, la création de fertilisants azotés synthétiques (procédé Haber-Bosch) représente quant à elle 7,2 % de ces émissions. De façon globale, deux gaz à effet de serre (GES) sont principalement rejetés par l’agriculture: le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O). Or, ces GES ont respectivement un potentiel de réchauffement global 25 et 298 fois plus élevé que celui du gaz carbonique (CO2) (sur une période de 100 ans).

Qu’est-ce qui cause le réchauffement climatique?

(extrait de l’article Vitalité d’avril 2014: Est-il trop tard? Le point sur les changements climatiques)

Celui-ci est engendré par les gaz à effet de serre, qui « absorbent dans les longueurs d’onde de la radiation infrarouge et retiennent ainsi de la chaleur dans les basses couches de l’atmosphère […]». À priori, les gaz à effet de serre offrent un réchauffement utile à l’humanité : sans ceux-ci, la température moyenne de la planète chuterait de 15 à – 8 °C. Cependant, l’activité humaine à fait augmenté la concentration de ces gaz à un tel point qu’une hausse de la température a déjà été enregistrée. En effet, « les concentrations de dioxyde de carbone sont passées de 0,0280 % (280 parties par million), en 1850, à 0,0395 % (395 parties par million), en 2013, une variation qui excède largement les changements observés au cours des cycles glaciaires qui se sont succédé au cours des derniers 800 000 ans ». Même son de cloche du côté du méthane […] avec une concentration de 1800 parties par milliard en 2010, soit plus de deux fois les valeurs historiques enregistrées.

L’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre provient du mode de société néolibéral, centré autour de la consommation de matériel. En fait, « dans les 50 dernières années, le PIB de l’économie mondiale a été quintuplé en dollars constants. Pour arriver à ce résultat, la consommation énergétique a quadruplé pendant la même période. Cette énergie est fournie à 85 % par des carburants fossiles ». Notre présence apporte de si grands impacts environnementaux que plusieurs scientifiques identifient une nouvelle ère géologique débutant au début des années 1980, l’anthropocène. « Notre époque va laisser des traces géologiques ».

Les émissions de GES reliées à l’agriculture ont augmenté de 17 % entre 1990 et 2005 et le  Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoit que ces émissions continueront d’augmenter de 35 à 60 % d’ici 2030. Cela en raison de l’accroissement de la population mondiale et un changement de diète dans certains pays en développement (plus de viande).

Quoi faire donc, devant cette immense problématique… Investir comme le font les gouvernements actuellement dans les rendements pour produire plus, mais en gardant intact le système actuel? Bien sûr que non, ce n’est que de la poudre aux yeux!

La majorité des experts parlent plutôt d’une vraie révolution verte, celle de l’agriculture biologique intensive de proximité (aussi appelée permaculture). Celle-ci est décrite comme « l’application de l’écologie dans l’étude, la planification et la gestion d’agroécosystèmes durables » et repose sur ces principes:

  • Le recyclage de nutriments et d’énergie sur la ferme plutôt que l’utilisation d’intrants externes (fertilisants synthétiques, machinerie fonctionnant aux hydrocarbures, etc.) ;
  • La codépendance et l’échange entre les cultures végétales et animales ;
  • La diversification d’espèces et de cultivars à travers le temps et l’espace ;
  • L’amélioration des interactions et de la productivité du système au complet au lieu de mettre l’accent sur des espèces individuelles.

Cette agriculture intensive peut être réalisée de bien des façons, mais le fil conducteur est de copier la nature dans les interactions entre les plantes et les animaux. C’est un peu comme d’aménager une forêt nourricière: le tout est contrôlé par l’être humain, mais les interactions entre les champignons, les plantes vivaces et annuelles et les animaux de ferme créent une richesse incomparable aux résultats de la monoculture.

agriculture biologique de proximité
Pour lutter contre la famine et le réchauffement climatique, le monde devra se tourner vers l’agriculture biologique de proximité (photo prise à : Les fermes Miracle)

Pour les petits agriculteurs qui se font écraser par les géants planétaires de l’alimentation, il s’agit d’une transformation nécessaire. En effet, au lieu de s’alimenter en apports externes chez ces mêmes géants, ils peuvent utiliser le fumier du bétail pour fertiliser dans le cas d’une culture terrestre ou incorporer la pisciculture dans des cultures hydriques comme les rizières. Ce sont des gros coûts de moins et ne sont plus dépendants des apports synthétiques. De plus, des études révèlent qu’en comparaison à la monoculture, l’agriculture biologique intensive était 79 % plus productive (en terme de rendement des cultures). Cela pour de nombreuses raisons, notamment, des interactions entre les différentes espèces et la santé du sol (rotation des cultures, moins d’érosion, pas de retournement du sol, etc.).

Combattre la faim dans le monde, ce n’est pas d’investir dans des moyens d’augmenter la production des cultures actuelles. C’est de donner assez de revenus aux gens qui produisent notre nourriture pour qu’ils puissent eux-mêmes s’alimenter.

 

C’est bien beau tout ça… Mais je fais quoi moi pour aider?

La première étape – vous l’avez sûrement déjà entendu – serait de manger moins de viande. En effet, 40 % de toute la superficie des terres cultivées mondialement l’est pour nourrir des animaux… Tout ce bétail consomme pas moins de la moitié de toutes les céréales produites! Cette demande pour de plus en plus de viande par les consommateurs du monde développé entraine la déforestation effrénée dans les parties du monde moins développées.

Évidemment, lorsque vous avez le choix, achetez toujours des aliments biologiques et équitables. Pour la viande, consommez-en moins et achetez des produits locaux et fermiers qui traitent bien leurs animaux (ceci est un débat en lui-même, la majorité des animaux d’élevage ont des conditions de vie absolument atroce).

Au Québec, il y a vraiment une tendance à acheter de plus en plus local et biologique depuis quelques années. Plusieurs programmes sont disponibles pour se trouver un « fermier de famille », mais le meilleur demeure celui des paniers bio d’Équiterre.

Une carte de tous les producteurs locaux est disponible à cette adresse web: http://www.paniersbio.org/fr/
Ou pour ceux moins a l’aise avec Internet, par téléphone: 1 877 272-6656

Vous y retrouverez des producteurs variés dans pratiquement toutes les régions: paniers d’été, paniers d’hiver, viande… Tout cela bio et local bien entendu!

Finalement, vous pouvez aussi aller visiter ou encourager des projets de permaculture ici au Québec. En voici quelques-uns : Les fermes Miracle de Stefan Sobkowiak, TerraVie, Terra Perma.

Il y a aussi beaucoup d’entreprises et de consultants pouvant vous aider dans vos démarches: Wen Rolland (Design Écologique), Croque Paysage, Écomestible, PDC+, etc.

Bref, il est inconcevable que 2 milliards de personnes soient mal nourris ou carrément en famine alors qu’une élite (dont nous faisons parti) vit au dessus de ses moyens. En encourageant une agriculture biologique intensive au lieu d’une monoculture d’exportation, les plus pauvres de ce monde pourraient améliorer de beaucoup leur qualité de vie… Votons donc avec notre porte-feuille! Rien ne nous empêche de pratiquer et d’encourager cette saine méthode ici au Québec d’ailleurs… Mangeons bio, local et santé!

Cet article a été écrit pour le magazine Vitalité Québec (parution: juin 2016) , qui m’a gracieusement donné la permission de le publier sur Écoactualité.

Le magazine Vitalité Québec est la véritable référence en santé globale, et ce, depuis plus de 25 ans! Vous pouvez le retrouver tous les mois dans la majorité des boutiques d’alimentation naturelle ou vous pouvez vous abonner pour le recevoir à la maison : http://vitalitequebec-magazine.com/abonnement.html


Bibliographie

Make agriculture truly sustainable now for food security in a changing climate, Nation Unies, 2013: http://unctad.org/en/PublicationsLibrary/ditcted2012d3_en.pdf

http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar4/wg1/ar4-wg1-chapter2.pdf

https://ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/wg1/WG1AR5_SummaryVolume_FINAL_FRENCH.pdf

http://www.equiterre.org/solution/paniers-bio

Tous les liens ci-haut ont été consulté au moment d’écrire cet article (mars 2016).


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